« Si vous voulez que quelque chose périsse, laissez-le tranquille. »

La politique ne se limite pas à savoir qui gouverne. Il s’agit également de savoir ce qu’une société est prête à imaginer, à discuter ou à défendre publiquement. Et c’est là que la « fenêtre d’Overton » devient un outil utile pour comprendre la météo vénézuélienne. La théorie, développée par Joseph Overton, énonce quelque chose en apparence simple : à chaque moment historique, il existe une gamme d’idées que la société considère comme acceptables. Hors de ce cadre, les propositions semblent absurdes, radicales ou impossibles. En son sein, ils deviennent discutables, légitimes et finalement institutionnels. Mais la fenêtre ne reste pas immobile. Cela bouge et le Venezuela, ces dernières années, a indéniablement été un laboratoire très intense de ce mouvement. Si l’on y réfléchit, il fut un temps où parler de blocus économique était, pour certains secteurs internationaux et nationaux, une exagération de propagande. Aujourd’hui, même les organisations multilatérales, les analystes économiques et les acteurs politiques adverses reconnaissent l’impact concret des sanctions sur la vie quotidienne des Vénézuéliens, faisant entrer discursivement ce qui était auparavant « radical » dans le débat public mondial. Cela s’est également produit avec le rôle des femmes en politique. Pendant des décennies, le leadership féminin a été traité comme une exception décorative. Cependant, la réalité sociale vénézuélienne, traversée par la crise, l’organisation communautaire et la résistance quotidienne, a fini par placer des milliers de femmes au centre opérationnel de la vie publique, faisant cesser le débat sur la capacité des femmes à diriger et commencer à débattre sur la manière de transformer le pouvoir à partir d’autres logiques.

Mais le changement le plus profond a peut-être été émotionnel et culturel, transformant le politique. Parce que la « fenêtre Overton » ne se déplace pas uniquement horizontalement ou verticalement ; Cela vient des parlements, du langage, des algorithmes, de l’esthétique de TikTok, des mèmes, de la normalisation de la fatigue ou de la romantisation de la violence. Cela bouge quand une génération commence à nommer différemment ce qui était auparavant silencieux.

Aujourd’hui, le Venezuela vit une dispute silencieuse pour définir ce que signifient stabilité, démocratie, souveraineté, féminisme, avenir ou même patrie, et cette dispute se produit simultanément sur les réseaux sociaux, dans les universités, dans les quartiers et dans les conversations familiales. C’est pourquoi il ne suffit pas d’analyser le présent vénézuélien uniquement à partir des catégories électorales ; ce à quoi nous assistons est une bataille pour le bon sens. Chaque acteur politique tente d’ouvrir la fenêtre : certains vers le désespoir et l’anti-politique ; d’autres vers la reconstruction des horizons collectifs. Car celui qui parvient à définir ce qui est « normal » parvient aussi à définir ce qui est possible et c’est peut-être là que réside le grand défi de cette époque : comprendre que gouverner ne consiste pas seulement à gérer des institutions, mais aussi à contester des imaginaires.

Les révolutions, les restaurations et les démocraties commencent bien avant qu’elles ne deviennent des lois ; Ils naissent lorsqu’une société change la façon dont elle se perçoit, passant de son individualité au collectif.

Ici, personne n’abandonne, on continue de gagner, parole de femme !