L’accord pétrolier « historique » signé entre Washington et Caracas, qui permettra aux États-Unis d’exploiter des gisements pétroliers, suscite des doutes et des suspicions parmi la population quant au secret d’État, mais aussi l’espoir d’une reprise économique tant attendue.
Le président Donald Trump avait annoncé la veille que les États-Unis détiendraient le contrôle majoritaire de 65 milliards de barils des réserves pétrolières du Venezuela, dans le cadre de ce qu’il a décrit comme « le plus grand accord pétrolier de l’histoire ».
Le Venezuela a précisé que l’accord concernait 17 « gisements stratégiques » et un investissement privé de 100 milliards de dollars, visant à revitaliser l’industrie détériorée du pays possédant les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.
La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a déclaré samedi que l’accord permettra aux « immenses réserves » qui se trouvent dans le sous-sol du Venezuela « de cesser d’être une figure inerte et froide et de devenir un bonheur social et économique » pour la population.
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La négociation suscite des inquiétudes parmi les partisans du chavisme, car elle se déroule dans un contexte de forte pression exercée par les États-Unis sur le gouvernement Rodríguez, arrivé au pouvoir en janvier après la chute de Nicolas Maduro lors d’une opération américaine.
« Nous ne savons pas à qui cela va profiter, si c’est le Venezuela ou eux (les Etats-Unis) », explique à l’AFP Jesús Salazar, un agent de sécurité privé de 68 ans. « J’ai des doutes, mais il faut attendre et voir ce qui va se passer », avoue-t-il.
Le Parti socialiste unifié du Venezuela, au pouvoir, a ratifié ce samedi son soutien à la décision.
« Nous soutenons les mécanismes de relance productive qui donnent la priorité aux intérêts nationaux et nous permettent de surmonter l’impact de plus d’une décennie de sanctions économiques, de mesures coercitives unilatérales et de blocus injustes », peut-on lire dans un communiqué publié par le PSUV.
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Sous la pression de Washington, Rodríguez a promu ces derniers mois des réformes dans les secteurs pétrolier et minier qui ouvrent ces industries, autrefois jalousement contrôlées par l’État, aux capitaux privés, notamment étrangers.
Dans le même temps, les États-Unis ont assoupli les sanctions pétrolières imposées sous l’administration Maduro.
La production pétrolière a augmenté de 29,8 % de janvier à juillet, lorsque le Venezuela atteignait 1,2 million de barils par jour, mais elle est encore loin des 3 millions qu’elle extrayait à la fin du siècle dernier.
L’accord vise à récupérer ces pics de production, mais les analystes s’accordent à dire que cela ne se produira qu’à long terme.
« L’augmentation de la production ne se verra pas avant au moins trois ou quatre ans », estime l’ingénieur Oswaldo Felizzola.
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Ce spécialiste du pétrole se félicite que les États-Unis servent de « garant » des investissements au Venezuela, qui n’a pas réussi à attirer de grands capitaux depuis plus d’une décennie.
« Si ce n’était pas le cas, ces gisements ne seraient pas exploités dans les 10 ou 15 prochaines années car PDVSA (Petróleos de Venezuela) n’a pas les ressources économiques pour le faire », explique le professeur de l’Institut d’études supérieures en administration.
Une opération d’une telle ampleur peut accélérer la reprise économique tant attendue au Venezuela, toujours frappé par la brutale contraction de 80 % qu’il a subie entre 2014 et 2021.
C’est l’espoir de nombreux Vénézuéliens qui survivent à peine avec un salaire minimum mensuel équivalent à 0,16 dollar et des primes de l’État qui atteignent jusqu’à 240 dollars par mois, bien loin des 730 dollars que coûte le panier alimentaire, selon des estimations privées.
« S’ils veulent du pétrole d’ici, du Venezuela, ils doivent le payer au prix actuel, car ce n’est pas le Venezuela qui leur donnera le pétrole », déclare Carlos Baco.
Ce fonctionnaire de 74 ans espère qu’avec ces revenus pétroliers, l’économie va s’améliorer. Son portefeuille n’a pas ressenti l’effet de la hausse de la production de ces derniers mois.
« Jusqu’à présent, rien n’a été vu, la consommation et la nourriture plus chère (…) le dollar augmente et les articles augmentent, tout augmente, les transports, tout. Ici, c’est impossible », dit-il.
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Rodríguez, qui a qualifié l’accord d’« historique », a annoncé que des recettes fiscales de 204 milliards de dollars sont attendues, mais n’a pas précisé les bénéfices provenant d’autres concepts tels que les redevances.
Les brefs détails partagés par les autorités du Venezuela et des États-Unis empêchent de mesurer correctement son impact.
Pour l’analyste Elías Ferrer, la simple existence des investissements est une bonne nouvelle, malgré les conditions.
« C’est sans aucun doute mieux qu’avant, car avant, le pétrole n’était pas exploité, si personne ne l’exploite, personne ne paie de redevances et personne n’en profite », commente-t-il.
Les États-Unis imposent les conditions des négociations, mais les bénéfices pour le Venezuela dépendront de la mise en œuvre de l’accord.
« Est-ce que cela pourrait être meilleur que cet accord ? Très probablement oui », ajoute Ferrer.
« Si tout est bien fait (…) ce sera une belle opportunité pour le Venezuela de voir son secteur pétrolier réémerger », estime l’avocate Dolores Dobarro, ancienne vice-ministre vénézuélienne de l’Energie.
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