Les enseignements de Silvio

Nous vivons une époque compliquée. Pour certains, trouver des réponses très élaborées à un tel niveau de complexité ne fait que rendre les choses encore plus confuses. J’en ai parlé ces jours-ci avec un bon ami et j’ai trouvé surprenante sa recommandation : « Chamo, écoute Silvio ». Et il me l’a montré avec une chanson. Quelques jours plus tard, je me demandais quelles paroles de l’auteur-compositeur-interprète cubain pourraient éclairer la multiplicité des visions auxquelles est confrontée la situation actuelle du pays. Et un m’est venu.

Il s’agit de « L’histoire des trois frères » de l’album Rabo de Nube (1980). Dans ce document, un narrateur nous raconte une fable dans laquelle il nous raconte comment chacun des protagonistes poursuit ses idéaux avec audace, mais de manière incomplète et donc ratée.
La première, « pour ne pas se tromper ou se tromper », dans sa marche, il n’a conscience que du sol sur lequel il marche sans observer l’horizon. Finalement, Silvio remarque qu’« à force de marcher dans cette position, son cou ne s’est jamais redressé » et, finalement, il a développé une vision courte et est devenu l’esclave « de la prudence ».
Le second n’avait conscience que de l’horizon, mais pas du sol sur lequel il marchait. Par conséquent, « il ne pouvait pas voir la pierre (ou le) trou qui se trouvait sous son pied. Et il passait toujours devant elle en se vautrant ».

Le troisième, simultanément, avait conscience du sol et de l’horizon. Pour cette raison, il se retrouvait avec un regard perdu « entre être et partir ».

Aucun des trois frères n’est arrivé à destination sain et sauf.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que le fondement de la fable de Silvio Rodríguez est la situation politique que nous vivons dans le pays et que l’horizon est le projet collectif de chaque personne, de chaque groupe.
Ainsi, dans la diatribe publique à laquelle nous assistons dans les médias et dans d’autres scénarios, défendre à tout prix le projet politique sans tenir compte de la situation actuelle est aussi compliqué et erroné que de se concentrer uniquement sur l’immédiat, en laissant de côté l’horizon que nous aspirons tant, tous deux sans distinction. Sans parler de ceux qui sont coincés entre les deux dimensions.

Pour établir un dialogue politique sincère, qui nous permette de trouver des solutions à la situation que nous traversons, il est important de définir la situation dans toute sa complexité et d’être très clair sur l’horizon que nous poursuivons, en comprenant que l’immédiat et le futur dont nous rêvons s’additionnent et incluent tous les Vénézuéliens de manière égale.

IG : @ajunez_profesor