La loi de Brandolini parmi les décombres

Un tremblement de terre qui ébranle le sol convoque aussi, quelques minutes, heures et jours plus tard, des experts autoproclamés et des influenceurs sans scrupules qui diffusent de fausses alertes, des images anciennes et des explications qui font appel au psychisme complexe de certains. Ces erreurs, dans une plus ou moins grande mesure, peuvent conduire à des évacuations chaotiques, fausser les priorités, détourner les équipes de secours et miner la confiance du public.

La concurrence inégale entre la vérité et la manipulation conspiratrice de la réalité a été dénoncée en 2013 par Alberto Brandolini, jusqu’alors inconnu. Son célèbre aphorisme, appelé « loi », soutient que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter un mensonge est d’un ordre de grandeur supérieur à celle nécessaire pour le produire ». Inventer, par exemple, qu’« il y aura un tsunami ce soir » prend quelques secondes à une seule personne, mais le nier nécessite des centaines ou des milliers de personnes qui consultent les réseaux sismologiques, les centres d’alerte, les spécialistes et les enregistrements audiovisuels. D’ici là, la rumeur aura déjà circulé sur des milliers de téléphones.

Après les tremblements de terre du 24 juin 2026, le Venezuela a confirmé cette asymétrie. Les équipes de vérification (également connues sous le nom de fact-checking) ont documenté une fausse alerte au tsunami, une prétendue panne d’électricité nationale, des images créées avec l’intelligence artificielle, des vidéos d’autres événements et bien d’autres laideurs. Les tremblements de terre ont même été attribués au programme HAARP grâce à un enregistrement fabriqué qui circulait depuis des mois auparavant. Le mensonge était bref et visuel, et sa preuve nécessitait un suivi numérique, une analyse géophysique, une consultation avec des experts et une diffusion scientifique.

En ce sens, l’Organisation mondiale de la santé a popularisé le concept d’« infodémie » pour décrire la surabondance d’informations (à la fois vraies et fausses) qui accompagne les crises et rend difficile pour la population de trouver des orientations fiables. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a également souligné dans son Rapport sur les catastrophes mondiales 2026 que ce type d’informations constitue une crise humanitaire qui érode la confiance, entrave l’accès à l’aide et augmente les risques pour les communautés et les équipes de secours. La communication ne peut donc plus être considérée comme un accessoire de la réponse, puisqu’elle sauve également des vies.

Ce phénomène a été documenté dans des situations d’urgence similaires. En Haïti, en 2010, l’initiative « Mission 4636 » a traité plus de 80 000 messages d’alerte à destination des autorités. De même, en 2017, le Mexique a anticipé cette tendance grâce à l’organisme « Verificado 19S », qui a fourni des informations fiables à la population et aux équipes d’intervention. À Noto, au Japon, en janvier 2024, 10 % des demandes de rançon se sont révélées fausses, ce qui rend difficile l’aide aux personnes qui en avaient besoin.

Les recherches montrent que cette pratique peut être atténuée en construisant une culture de communication basée sur des sources officielles hautement reconnues et des mises à jour permanentes. La leçon apprise est simple : la confiance du public se construit avec patience et (bien avant la catastrophe) grâce à des institutions crédibles, à la transparence et à l’éducation scientifique.

Le Venezuela peut créer un protocole national d’intégrité de l’information qui comprend une salle de vérification, des bulletins périodiques (avec l’heure exacte), les sources et les niveaux d’incertitude, un registre structuré des demandes de rançon, une éducation préventive sur les prévisions, les répliques et les tsunamis, entre autres contenus. De cette manière, il serait possible de distinguer le créateur malveillant, l’amplificateur coordonné et celui qui transmet par simple peur. L’intégration des communautés organisées est essentielle.

La loi de Brandolini n’affirme pas que la vérité est condamnée, mais rappelle plutôt que la défendre coûte cher lorsqu’on commence trop tard. Cet effort peut être réduit avec des institutions transparentes, des scientifiques accessibles, des journalistes spécialisés rigoureux, des archives médico-légales, des communautés organisées et des citoyens qui renoncent à partager des messages simplement « au cas où ». Après un tremblement de terre, chaque minute compte. Aussi chaque mot.

@betancourt_phd