L’amphictyonie bolivarienne

Le samedi 15 juillet 1826 s’est terminé le Congrès amphictyonique tenu dans notre pays. Rappelons qu’entre 1819 et 1831, le Venezuela, la Nouvelle-Grenade et Quito formaient un seul pays appelé Colombie, né le 17 décembre à Angostura, sur les rives du Père Orénoque.

Cette immense nation fut reconnue par l’Espagne les 25 et 26 novembre 1820 à Trujillo, lorsque Pablo Morillo et Simón Bolívar signèrent le traité d’armistice et le traité de régularisation de la guerre. Le 24 juin 1821, avec une « splendide victoire », la Colombie est née à Carabobo. Le 30 août 1821, la Constitution de Cúcuta est promulguée. Les 26 et 27 juillet 1822, les libérateurs Simón Bolívar et José de San Martín se réunissent dans la ville colombienne de Guayaquil.

En 1822, Bolívar invita, « en tant que président de la République de Colombie, les gouvernements du Mexique, du Pérou, du Chili et de Buenos Aires, à former une confédération et à réunir, sur l’isthme de Panama ou dans un autre point éligible à la pluralité, une assemblée de plénipotentiaires de chaque État qui servirait de conseil dans les conflits majeurs, de point de contact dans les dangers communs, d’interprète fidèle des traités publics lorsque surgissent des difficultés et de conciliateur, en fin de compte, de nos différences. »

Cet appel a un antécédent vital dans la Lettre de la Jamaïque, écrite à Kingston le 6 septembre 1815 : « Comme ce serait beau si l’isthme de Panama était pour nous ce que l’isthme de Corinthe était pour les Grecs ! J’espère qu’un jour nous aurons la chance d’y installer un auguste congrès des représentants des républiques, des royaumes et des empires pour traiter et discuter des intérêts élevés de la paix et de la guerre, avec les nations des autres parties du monde.

Ce 15 juillet, les républiques de Colombie, du Mexique, du Pérou et d’Amérique centrale signent le Traité d’Union, Ligue et Confédération perpétuelle, dans lequel elles établissent la défense mutuelle, la souveraineté, la paix, la citoyenneté commune, l’abolition de l’esclavage et une future organisation internationale.

Ces moments complexes que vit la Patria Grande, avec la victoire de la droite aux élections en Amérique latine et avec l’enlèvement du président Maduro et de la députée Cilia Flores, permettent de comprendre que l’amphictyonisme bolivarien et le panaméricanisme monroïste sont deux projets géopolitiques radicalement opposés. Le premier vise l’intégration souveraine, solidaire et multipolaire des nations latino-américaines, tandis que le second établit l’hégémonie et la tutelle des États-Unis sur le reste de l’hémisphère et du monde.