Le spectre du journalisme

Un fantôme parcourt les réseaux sociaux. Mais celui-ci n’est pas effrayant en soi. Au contraire, c’est un outil de ceux qui continuent de semer l’inquiétude, l’angoisse et la panique, après le double tremblement de terre du 24 juin.

Le phénomène naturel survenu il y a quelques semaines a causé de nombreux dégâts, mais, comme nous l’avons déjà dit, l’incident a été suivi d’un autre tremblement de terre tout aussi désastreux : celui qui est informatif. Et nous disons informatif, car le soi-disant « cadrage journalistique » ou cadrage a été utilisé pour qu’une cascade de fausses nouvelles, diffusées via les plateformes numériques, soient acceptées comme vraies parce qu’elles « revêtaient » les vêtements de la communication journalistique traditionnelle.

Les influenceurs, les profiteurs et les personnes aux intérêts indicibles ont utilisé des microphones dotés de tenons qui imitent les anciennes émissions en direct des chaînes de télévision ou des agences de presse, et ont parlé avec un jargon journalistique très professionnel, pour légitimer des fausses nouvelles ou, tout aussi grave, des informations non vérifiées.

Des déclarations éloquentes ont été faites sans faire appel à des sources vérifiées, des explications techniques détaillées ont été données sur l’incident sans aucune certification préalable et, pire encore, des appels à l’attention ont été lancés sans soutien, à l’exception de l’utilisation cynique des témoignages des personnes affectées et des victimes, encore sous le choc d’avoir vécu la tragédie.

Comme nous l’avons dit la semaine dernière, il ne s’agit pas de condamner l’utilisation malmenée du concept ou de la pratique du « journalisme citoyen » ni le besoin urgent du public d’être informé. Il s’agit de dénoncer l’utilisation diabolique du « cadrage journalistique » comme stratégie très efficace de tromperie et de propagande, qui est condamnable d’où qu’elle vienne.

Et c’est une contradiction. Alors que beaucoup décrètent la mort du journalisme, en raison de l’émergence de prosommateurs ou d’utilisateurs qui utilisent les outils de communication numériques pour informer, surmontant ainsi les puissantes barrières des entreprises médiatiques, ces mêmes fossoyeurs du métier de reporter profitent de l’aura spectrale de cet ancien travail informatif pour légitimer leurs pratiques trompeuses.

Et nous disons « aura » parce que c’est quelque chose d’inexistant, qui ne se voit pas, mais qui est perçu, comme un fantôme ou un spectre qui masque un type de communication qui n’a rien à voir avec la noble et authentique tâche du journaliste de rapporter la vérité.

@ajunez_profesor