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Manifestations au Soudan après le coup d’État qui suspend la transition

Le général soudanais Abdel Fattah al Burhan a dissous lundi les autorités de transition du pays, dont les membres civils étaient pour la plupart détenus, et décrété l’état d’urgence, alors que, dans les rues, il y avait déjà plus de trois morts et des dizaines de blessés parmi les pro-démocratie manifestants.

Depuis la matinée, le Premier ministre Abdala Hamdok, son épouse et au moins sept responsables civils (ministres et membres civils du Conseil souverain -la plus haute autorité de la transition-) sont détenus par les militaires, précise l’AFP.

Déjà dans la nuit, le Premier ministre soudanais Abdala Hamdok a été ramené chez lui et est sous « étroite surveillance » au deuxième jour d’un coup d’État militaire, rejeté dans les rues par des manifestants qui ont reçu des tirs de gaz lacrymogène.

Depuis son domicile, Hamdok a eu une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, qui a demandé à l’armée de « libérer tous les dirigeants civils et de garantir leur sécurité », a déclaré le département d’Etat américain.

L’armée, dirigée par le général Abdel Fattah al Burhan, avait déclaré lundi dissous les instances dirigeantes de transition qui devaient conduire le pays à des élections libres en 2023.

Le Premier ministre et son épouse ont été arrêtés lundi, mais sous la pression et la condamnation internationales, ils ont été renvoyés chez eux mardi soir sous « étroite surveillance », a indiqué le bureau du chef civil.

Dans son communiqué, le bureau rappelle que « plusieurs ministres et dirigeants politiques continuent d’être arrêtés dans des lieux inconnus ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni à huis clos mardi après-midi pour aborder la situation en Soudan, bien que selon une source diplomatique ses membres aient démissionné pour dénoncer le coup d’État « dans les termes les plus forts ».

Gaz lacrymogène

Pour la deuxième journée consécutive, des milliers de Soudanais ont manifesté contre l’armée à Khartoum, bloquant les rues du centre avec des pierres, des branches et des pneus en feu. Les forces de sécurité ont été déployées avec leurs véhicules blindés sur les ponts et les grandes routes.

La nuit, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes sur des personnes bloquant une route, selon des témoins. Mais les manifestants ont continué à manifester.

Lundi, au moins quatre manifestants ont été tués par balles « tirées par les forces armées » et plus de 80 ont été blessés, a indiqué un syndicat médical pro-démocratie.

Les manifestants veulent « sauver » la « révolution » qui a renversé le dictateur Omar al Bashir en 2019, à la suite d’une répression qui a fait plus de 250 morts.

« Nous ne quitterons pas la rue tant que le gouvernement civil ne sera pas rétabli », a déclaré à l’AFP Hocham al Amin, un ingénieur de 32 ans.

L’Association des professionnels soudanais, une fédération de syndicats qui ont participé aux manifestations contre Bashir, a déclaré que la violence contre les manifestants augmentait.

« Les forces du coup d’État aliénées attaquent les manifestations dans différentes parties du pays », ont-ils déclaré dans un communiqué.

« Attaquez l’armée »

Lors d’une conférence de presse, le général Burhan, le nouvel homme fort de Soudan, a défendu le coup d’État mardi, au lendemain de la dissolution des autorités de transition (le Conseil souverain) et de la détention de ministres et de fonctionnaires.

Selon lui, il a dissous ces autorités car « certaines attaquaient l’armée et incitaient contre cette composante essentielle de la transition ».

L’avenir politique de ce pauvre pays d’Afrique de l’Est est à deviner. Pour le moment, tous les vols à destination et en provenance de l’aéroport de Khartoum sont suspendus « jusqu’au 30 octobre », a indiqué à l’AFP Ibrahim Adlan, directeur de l’aviation.

Pour la troïka des pays (États-Unis, Grande-Bretagne et Norvège) qui servaient auparavant de médiateurs dans les conflits soudanais, « les actions des militaires trahissent la révolution et la transition ».

Pour mettre la pression sur les putschistes, les Etats-Unis ont annoncé « suspendre » une aide de 700 millions de dollars destinée à la transition qui devait conduire ce pays à ses premières élections libres.

L’Union européenne a également menacé de suspendre son soutien financier « si la situation ne s’inverse pas immédiatement ».

Processus fragile

Moscou a pris ses distances avec les critiques et a attribué le coup à une « mauvaise politique » et à une « ingérence étrangère » dans ce pays, où Russes, Turcs, Américains et Saoudiens rivalisent d’influence attirés par ses ports stratégiques de la mer Rouge.

Le processus de transition dans le pays, source de fierté pour de nombreux Soudanais face à l’issue décevante d’autres soulèvements pro-démocratie dans le monde arabe, a depuis longtemps faibli.

En avril 2019, les militaires et les civils ont convenu d’évincer Bashir du pouvoir et de former le Conseil souverain, composé à parts égales de membres des deux côtés pour organiser les premières élections libres fin 2023.

Le coup d’État expose clairement le fossé croissant entre ceux qui ont appelé à un gouvernement exclusivement civil et ceux qui ont exigé un exécutif de généraux pour retirer Soudan du bourbier politique et économique.

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