Le Venezuela a ressenti une fois de plus, avec la brutalité que présente habituellement la terre en mouvement, une vérité que la science répète depuis des décennies : nous sommes un pays sismique. Les deux événements violents enregistrés, ainsi que d’autres tremblements de terre ressentis dans les régions proches de La Guaira, ne doivent pas être traités comme des curiosités isolées ou comme des signes alimentant la peur. Ils sont avant tout un appel douloureux à rappeler que nous habitons une géographie vivante, située dans une interaction complexe entre plaques, failles, montagnes, côtes et villes. L’histoire de 1812, avec un séisme de magnitude 7,7, estimé par des études d’experts comme l’un des épisodes les plus critiques et les plus dévastateurs de notre mémoire sismique, réapparaît non pas comme un fantôme, mais comme un avertissement : les personnes qui apprennent de leurs blessures peuvent se relever avec plus de conscience.
Cependant, au-delà des détails peu connus sur les hypocentres, les failles actives, les répliques et l’énergie libérée, il existe aujourd’hui une obligation plus grande : parler avec respect aux personnes qui souffrent. Il y a des familles qui ont perdu un être cher, leur maison, leur tranquillité d’esprit ou tout cela à la fois. Il y a des filles et des garçons qui ne comprennent pas pourquoi le terrain n’est plus sûr. Il y a des sauveteurs, des médecins, des pompiers, des personnels de la protection civile et des hommes et des femmes des Forces armées nationales bolivariennes qui, malgré la fatigue, soutiennent la vie avec discipline et humanité. À ces heures-là, la science ne peut pas parler depuis une tour lointaine. Il faut parler comme une mère avec précision, mais aussi avec affection. Il doit guider, calmer et -toujours- servir.
Il faut le dire clairement : les tremblements de terre ne sont pas prévus. Malgré nos efforts, personne ne peut annoncer avec certitude le jour, l’heure et le lieu exacts du prochain grand événement. Ce qui peut et doit être fait, c’est réduire la vulnérabilité. C’est là toute la différence entre la fatalité et une politique publique intelligente. Il faut s’attendre à des répliques ; certains seront ressentis, d’autres ne seront enregistrés que par les instruments. Par conséquent, la recommandation de l’expert n’est pas un formalisme : éviter de pénétrer dans les bâtiments endommagés sans évaluation technique, suivre les instructions officielles, vérifier les colonnes, les poutres, les murs, les escaliers, les installations de gaz et d’électricité, éviter les rumeurs et maintenir dégagées les voies de secours et d’évacuation. La planification et la sérénité sauvent également des vies.
À ce stade, la communauté scientifique vénézuélienne porte une responsabilité historique. Funvisis, universités, associations professionnelles, centres de recherche, ingénieurs en structure, géologues, sismologues, architectes et spécialistes de la gestion des risques doivent être écoutés avec une humilité républicaine. La prévention sismique ne s’improvise pas après la catastrophe ; Il est construit auparavant, dans les écoles, dans les normes de construction, dans les exercices, dans les cartes de dangers, dans l’inspection des maisons, des hôpitaux, des ponts, des aéroports, des ports, des industries et des systèmes de services. De même, les organismes de sécurité citoyenne doivent être intégrés dans cette culture préventive, à la fois pour réagir lorsque l’urgence survient, comme nous l’observons stoïquement aujourd’hui, et pour planifier, former, communiquer et protéger. Comme la science, ils doivent être écoutés avant, pendant et après.
À ceux qui souffrent aujourd’hui, cette réflexion veut dire quelque chose de simple : vous n’êtes pas seuls. Le pays tout entier a le devoir de les accompagner. La terre a bougé, mais la solidarité aussi. Dans chaque main experte qui enlève les débris, dans chaque professionnel qui vérifie une structure, dans chaque voisin qui partage de l’eau, de la nourriture ou des informations fiables, le Venezuela démontre que la résilience est bien plus qu’un mot fantaisiste, c’est un comportement collectif. Il nous appartient de pleurer ceux qui sont partis, de soigner les blessés, de protéger les plus vulnérables et de faire de cette douleur un apprentissage national.
C’est de là que vient l’espoir. Pas n’importe quel espoir naïf, mais un espoir organisé.
Celui qui comprend que la science guide, l’ingénierie prévient, l’éducation transforme et la discipline sauve. Le Venezuela n’est pas en mesure de choisir s’il sera ou non un pays sismique. Cela a déjà été décidé par la nature, qui ne s’oppose jamais mais se contente d’enseigner. Le Venezuela peut choisir d’être un pays préparé. Et ce choix, fait avec connaissance, solidarité et amour de la vie, est la manière la plus digne d’honorer ceux qui souffrent aujourd’hui. Je suis le Venezuela !
@betancourt_phd