La Colombie

Des tuyaux d’échappement

Je ne comprends pas combien parviennent à vivre émotionnellement à plat au milieu de cette pandémie chaotique, ce non gouvernemental, cette corruption endémique, cette violence ressuscitée exprès. Je répète. Je ne sais pas comment ils peuvent continuer à vivre sans avoir de pot d’échappement, une cheminée à eux dont la colère, les frustrations, l’envie de tout botter, pour que ce mandat de quatre ans se termine, pour effacer ce cauchemar noir et sans fond. Peut-être qu’ils sont vivants avec une âme morte, des fondamentalistes aveugles ou des êtres anormalement normaux. En tout cas, je n’appartiens pas à ce groupe.

C’est dans le pot du cerveau que les émotions, les croyances, les désirs, la nostalgie et les émotions sont agités à feu doux ou en jaillissant. Nous avons tous notre propre pichet à l’intérieur, avec ses condiments et ses épices particuliers, et je crois que chaque être, aussi insipide, «  normal  » ou anodin qu’il pense que sa vie a été, a une histoire à raconter, une toile à peindre, un cri à laisser sortir, une pierre à sculpter ou à jeter.

Adultes, jeunes, personnes âgées, enfants. Nous devrions tous lâcher prise et partager ce qui bouillonne et bouillonne en nous. Écrivez, peignez, griffonnez, collez, débattez, protestez, rebellez. Ce sont nos cheminées intérieures, nos tuyaux d’échappement. Sinon, nous sommes destinés à mourir étouffés par les répressions, les silences, les amours non avouées, les secrets malsains, les rages et les illusions.

Nous ne pouvons pas nous connaître si nous ne disons pas qui nous sommes, notre honte, nos désirs et nos réalisations. Nous sommes invisibles si nous ne nous laissons pas connaître. Tant d’êtres chers gisant sous terre et nous n’avons jamais vraiment su qui ils étaient. Perdons la peur du rejet, partageons ce que nous ressentons, apprenons à dire non sans culpabiliser. Cela ne vaut pas la peine de vivre et de mourir inédit, avec un esprit vide. Laissons une certaine empreinte même si c’est boueux. Il n’y a pas d’immunité mentale du troupeau si nous ne nous laissons pas faire. Chacun de nous a sa propre voix! Nous ne sommes pas un troupeau. Nous ne sommes pas des agneaux de Pâques qui vont tranquillement à l’abattoir.
Nous ne sommes pas «de masse».

Nous sommes des individus uniques et irremplaçables. Et personne n’appartient à la chorale s’il n’en a pas envie, tous ceux qui le veulent ont le droit de se désaccorder.

Nous sommes aussi malades que nos secrets, que notre «douceur silencieuse». Nous ressemblons à des coffres-forts blindés à l’intérieur et confectionnés à l’extérieur. Nous pensons qu’en amputant des émotions et en mangeant de la merde tranquille, nous passerons à autre chose.

Ce pays est tel qu’il est parce que nous ne nous connaissons pas. Nous nous étiquetons simplement «noir», «blanc», «riche», «pauvre», «communiste», «animal», «populiste», «pute», «gay», «décent». Et ce n’est pas comme ça, à l’intérieur de chacun il y a un univers complexe et mystérieux. Découvrons qui nous sommes, découvrons qui est «l’autre». Faisons face et partageons, ainsi nous tisserons paix et coexistence. C’est pourquoi il est si important de donner sa propre voix à ceux qui ne l’ont jamais eue et d’arrêter de juger et de pointer du doigt.

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Postscript. Rien ne change ici. Je trouve un de mes articles de 2006: «Non à la réforme fiscale. Ce projet gouvernemental est aberrant. Il ne favorise personne, il noie une classe moyenne courageuse et sanglante qui survit et éduque ses enfants et reste digne par des sacrifices et des efforts surhumains, ce sont ceux qui n’ont pas le droit de protester ou de donner des coups de pied. Indigne indigne ». Sans commentaires!
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