San Rondón

L’histoire insurrectionnelle nous a appris que la liberté de ce continent n’a pas été seulement forgée par des âmes pures nées sans frictions, mais aussi par des hommes de chair, d’argile et de feu qui ont su rectifier dans les abysses.
Juan José Rondón est un exemple de cette renaissance. Pendant des années, cet homme brun de Santa María de Ipire a combattu sous les ordres de Boves et Morales. Il ne s’est pas battu pour la couronne espagnole, mais mû par la rage cultivée contre l’ordre colonial et l’élitisme mantouan qui a écrasé le sien.
C’est l’élitisme de Pablo Morillo, en rétablissant les hiérarchies de castes et en méprisant le peuple armé, qui lui a ouvert les yeux. En 1817, Rondón comprit que la dignité résidait dans la fondation d’un pays d’égal à égal.
Son tournant vers la cause de Simón Bolívar et José Antonio Páez n’était pas une trahison, mais plutôt la conscience d’un homme qui a décidé de fusionner son courage avec la lutte d’émancipation de son peuple.

Cette conversion a transformé sa lance en une lueur d’espoir éternel. Dans le Marais de Vargas, lorsque la défaite semblait inévitable, il suffisait au Libérateur de crier « Colonel Rondón, sauvez la Patrie ! » pour que Rondón lance son appel mythique et submerge l’ennemi.

De cette lignée naît une confiance aveugle en sa figure, exprimée dans la maxime collective : la bataille n’est jamais perdue tant que Rondón n’a pas encore combattu.

Bolívar, conscient de l’esprit de ses hommes, a combiné génie politique, humour et ingéniosité pour immortaliser l’épithète « San Rondón » dans sa lettre à Francisco de Paula Santander. Plus qu’un rite, il s’agissait de passer de la condition humaine à un guerrier providentiel, capable d’accomplir le miracle de la victoire là où seule vivait l’adversité.

Plus de deux siècles après ses semailles, survenues le 23 août 1822, après les blessures subies à Naguanagua, le souvenir de Juan José Rondón devient valable pour les luttes du présent.

Face aux tempêtes et aux agressions historiques qui tentent de saper la souveraineté populaire, Rondón nous rappelle que la loyauté envers la Patrie/Mère Patrie est mise à l’épreuve dans l’adversité la plus sombre. Rondón nous enseigne que le peuple a la force historique de transformer le cours des événements, de résister aux attaques les plus féroces et de trouver, dans l’unité et l’audace, la clé de sa propre renaissance.

Se souvenir aujourd’hui de « San Rondón », c’est invoquer la certitude qu’il n’y a pas de géant invincible ni de cause perdue lorsque la dignité d’un peuple décide de marcher au front.