Il y a des moments dans l’histoire d’un pays qui ne peuvent pas être lus immédiatement, car ils portent des couches de mémoire, des luttes accumulées et de longs silences. Qu’une femme prenne le relais du commandement du Fanb se produit sur ce sédiment historique où les femmes ont été pendant des siècles des spectatrices contraintes du pouvoir : appelées à obéir, à soutenir, mais rarement à commander. C’est pourquoi ce fait n’est pas seulement un événement politique ; C’est une scène qui nous oblige à nous demander ce qui change lorsque le pouvoir adopte un corps historiquement omis, et ce qui reste intact si nous ne transformons pas la logique qui le soutient.
Le Venezuela traverse une période complexe, marquée par la violence politique, l’usure des institutions et une culture de confrontation qui a profondément marqué la vie quotidienne. Dans ce contexte, la violence politique contre les femmes n’a pas été un phénomène exceptionnel : elle a opéré systématiquement, souvent silencieusement, niant l’autorité, remettant en question la légitimité et punissant la présence féminine dans les espaces où se décide le cours du pays.
Comme Argelia Laya l’a souligné dans Notre Cause, « la condition des femmes est une question d’intérêt national ». C’est une dimension politique centrale. Ainsi, lorsqu’une femme occupe un poste de commandement, la question ne s’arrête pas au fait, mais à ce que ce fait transforme – ou ne transforme pas – dans la structure qui le supporte.
L’histoire enseigne que le pouvoir peut changer de visage sans altérer ses pratiques. La présence d’une femme dans une institution traditionnellement masculine interpelle et exige une vigilance critique. Sommes-nous confrontés à une véritable rupture de la culture patriarcale ou à une reconfiguration symbolique qui laisse le soin de révolutionner sa logique la plus profonde ?
Le féminisme populaire et critique recherche la participation réelle des femmes depuis l’appel historique à faire la révolution. Nous nous intéressons à la transformation des relations de pouvoir, à l’éradication de la violence politique et à la construction d’une paix qui ne soit pas imposée par la force, mais par la justice. Comme l’a prévenu l’Algérie, il n’y a pas d’émancipation possible si les femmes sont utilisées pour légitimer des projets qui ne nous reconnaissent pas comme sujets politiques.
Ce moment exige une vision responsable, sans simplifications ni slogans vides de sens. Reconnaître le poids historique de ce qui se passe ne signifie pas renoncer à la critique. Puisse-t-il servir à insister sur un Venezuela où la participation des femmes n’est ni exceptionnelle ni décorative, et où l’égalité passe du long stade de discours à celui de pratique politique quotidienne.
Nous vaincrons, parole de femme !