Il est devenu à la mode de consommer du sel rose de l’Himalaya, ce que beaucoup ne savent pas, c’est qu’il ne faut pas y aller ni l’acheter à des prix très élevés. Pour consommer un sel rougeâtre de qualité, il suffit de se rendre dans l’État de Falcón, oui ici même, à l’ouest du pays pour pouvoir non seulement goûter, mais aussi observer ce magnifique paysage.
Les salines de Las Cumaraguas, situées à l’extrémité nord de la péninsule de Paraguaná, sont un site naturel où l’eau de mer stagne et s’évapore sous le soleil. Ce processus permet la collecte artisanale du sel, une tâche qui définit l’économie et l’identité de la région depuis des générations.
Cette destination touristique est un témoignage vivant de la façon dont la nature est étroitement liée à la vie de ses habitants, représentant un croisement unique entre la science, la tradition et l’effort humain.
Une archive géologique et biologique unique
Son origine est un processus géologique fascinant. Il y a des millions d’années, cette zone était sous la mer. Le va-et-vient constant des vagues, ainsi que les changements du niveau de l’eau, ont laissé une riche histoire enregistrée dans ses strates, ces couches horizontales de roches sédimentaires, de terre ou de matériaux qui s’accumulent en se superposant au fil du temps, se différenciant par leur composition et leur couleur.
Dans ce même endroit, des fragments de coquilles de mollusques et des plaques d’échinodermes (comme des étoiles de mer) ont été trouvés, témoignages concrets de son passé marin, ainsi que des formations rocheuses de type « rundkarren » (formées par la dissolution du calcaire) et des conglomérats de galets provenant d’anciennes plages et falaises.
L’origine de la couleur rose et rougeâtre (qui varie selon l’heure de la journée et la concentration en sel) répond à une combinaison de facteurs biologiques et chimiques, tels que les apports végétaux, comme le tanin – une substance acide et astringente provenant d’arbres comme le cují, qui est l’arbre emblématique de l’État – qui teint l’eau. Ce composé se retrouve également dans les fruits, les légumineuses et les condiments.
Microorganismes extrémophiles, clé scientifique :
L’algue Dunaliella salina, qui produit des pigments caroténoïdes pour se protéger des forts rayonnements solaires, se trouve dans les écosystèmes à forte densité de sel et contribue également à colorer l’eau et le sel. Son pigment principal, le bêta-carotène, non seulement colore l’eau, mais est également un antioxydant très puissant utilisé dans les cosmétiques, les compléments nutritionnels et les aliments, étudié en 2012, où l’on a montré sa forte concentration de nitrate et de chlorure de sodium qui affecte sa croissance et sa production de pigments. Une étape pour comprendre comment le cultiver à grande échelle.
Le petit crustacé Artemia salina (connu sous le nom de « crevette de saumure »), qui vit uniquement dans des solutions à forte salinité et se nourrit d’algues. Cette crevette a été étudiée en 1994 par des étudiants de l’Université Nationale Expérimentale Francisco de Miranda – UNEFM qui ont publié une caractérisation biologique des souches indigènes dans la revue Ciencias Marinas. Ils ont mesuré le diamètre de leurs kystes (œufs de résistance), la longueur de leurs larves et leur taux d’éclosion.
Cette découverte a été essentielle pour détecter l’énorme potentiel de l’aquaculture. Des années plus tard, d’autres équipes ont approfondi ces études en 2006, concluant que Las Cumaraguas recèle une ressource génétique précieuse, encore sous-exploitée, qui pourrait nourrir les poissons et les crevettes en écloserie.
Cet ensemble génère un spectacle visuel qui change selon la lumière et la concentration de la saumure, en plus de produire une mousse rose grumeleuse qui varie ses tons selon l’heure de la journée.
La bactérie Halobacterium, dont les pigments (bactériorhodopsine) donnent des tons rougeâtres.
Ecosystème extrême et sa faune emblématique
Les fortes concentrations de sel créent un environnement extrême où seules certaines espèces se sont adaptées, dans le cas d’une flore avec une végétation typique des zones arides : cujíes, cardones (cactus) et autres plantes résistantes à la sécheresse et à la salinité. Dans le cas de la faune, l’espèce la plus emblématique est le flamant rose (Phoenicopterus ruber). Ces oiseaux trouvent ici un endroit idéal pour se nourrir, filtrant avec leur bec l’eau riche en crustacés (comme les Artemia) et en algues, qui leur donnent leur couleur caractéristique. Des oiseaux comme les pluviers, les bécasseaux et les avocettes sont également observés.
La science s’abandonne au pouvoir rose de Las Cumaraguas
Au-delà de sa beauté et de sa tradition, ce gisement salin fait l’objet d’études géologiques, biologiques et biotechnologiques qui révèlent sa valeur stratégique.
Ce n’est pas seulement un paysage de rêve avec des eaux qui passent du rose foncé au rougeâtre. Las Salinas sont devenues un laboratoire naturel discret mais puissant où des scientifiques vénézuéliens et étrangers ont découvert des fossiles, des microbes extrémophiles et des composés à fort potentiel industriel.
Dans les années 1970, les chercheurs VF Hunter et P. Bartok ont documenté des formations rocheuses uniques : d’anciens conglomérats de plages et des structures rundkarren, sculptées par la dissolution du calcaire. Leurs études ont confirmé que cette zone était restée sous la mer au Pliocène, il y a entre 5 et 2,5 millions d’années.
Plus récemment, en 2011, le géochimiste Luis Mújica a capturé dans une thèse la composition chimique des corps évaporitiques de la côte centre-nord de Falcón et a laissé une ligne de base pour de futures explorations. Au premier coup d’œil, tout visiteur peut tomber sur de petits fossiles de coquilles de mollusques et des plaques d’étoiles de mer : restes palpables de cette mer ancienne.
Ces mines de sel ont commencé leur exploitation au milieu des années 40 et ont été le moteur économique de la communauté, avec une capacité de production annuelle de 160 000 tonnes qui sont extraites à la main et qui se transmettent de génération en génération, se positionnant comme la troisième plus grande mine de sel du pays.
Les Salines de Las Cumaraguas sont bien plus qu’un paysage de rêve, si vous n’avez pas eu l’occasion d’y aller, visitez ce lieu majestueux : un trésor naturel, culturel et scientifique où recherche et tradition côtoient un sceau vénézuélien.