Cinéma en isolement

11 février 2021 – 23h35
Pour:

Liliane de Levy

Covid-19 a tout changé, y compris les films. Il a enlevé le plaisir d’aller au théâtre pour apprécier le génie de l’art cinématographique en compagnie, pour percevoir les vibrations pour ou contre ceux qui nous entourent, accompagnées et soutenues par nos appréciations. Désormais, on voit le cinéma chez soi et pratiquement seul grâce à la profusion de chaînes qui le fournissent, mais sans la même exigence de qualité mais aussi avec des succès qui méritent d’être soulignés. La vérité est que nous ne pouvons pas nous plaindre, mais les salles de cinéma et les joies qu’elles m’ont procurées me manquent.

Ces derniers jours, j’ai vu deux films révélateurs sur l’évolution du cinéma soumis à de nouvelles règles. Le premier est ‘Orfeu Negro, un classique que j’ai vu sur YouTube, réalisé par le Français Marcel Camus et qui en 1959 a fait sensation en remportant la Palme d’Or au prestigieux Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger.

Basé sur la légende grecque d’Orphée et d’Euricide, il s’agit d’une version 100% brésilienne, parlée en portugais et interprétée par des acteurs noirs. L’histoire de cette tragédie se déroule dans une ambiance de fête comme on le pensait ce qui s’est passé dans les favelas de Rio de Janeiro pendant les jours précédant le carnaval annuel de la ville, lorsque les habitants des favelas ont mis en gage leurs affaires dérisoires pour acheter un déguisement. et participez pleinement aux délires du carnaval.
Le résultat: un film musical baigné de samba, de rires, de danses, d’amour, de magie et de bonnes intentions pour devenir un ‘art naïf’ (art naïf) et réalisé malgré la technologie limitée de l’époque dont les défauts sont clairement perceptibles maintenant. Je ne pense pas que le film gagnerait à Cannes aujourd’hui. Bien que ‘Orfeu Negro’, avec ses moyens limités, parvienne à filmer des écoles de samba massives, avec des enfants, des personnes âgées et des jeunes et même des animaux qui débordent de l’écran.

Depuis lors, le cinéma et son rôle ont radicalement changé de cap pour s’immiscer dans des problèmes sociaux et politiques plus difficiles et angoissants. Et avec la pandémie, plus que jamais.

Le deuxième film que j’ai vu sur Netflix est «Malcom & Marie»; Je l’ai trouvé intéressant car c’est l’exposition la plus révélatrice sur le genre de cinéma que l’on verra désormais, c’est-à-dire tant que dure le cauchemar de Covid-19. Un cinéma avec peu d’acteurs, dans des espaces clos, sans extérieurs et avec une équipe de cinéastes réduite au minimum. Les grandes productions, les comédies musicales avec leur pompe, les histoires de guerres, de révolutions, de carnavals, etc. sont terminées. Maintenant, les films sont réalisés avec Covid-19 caché et les limites qu’il nous impose.

«Malcom & Marie» est l’échantillon du cinéma d’aujourd’hui et c’est un bon film, avec des échecs et des succès. J’aurais mieux aimé qu’il ne se souvienne pas précisément de l’impact de l’extraordinaire film « Who’s Afraid of Virginia Wolf » dans lequel un couple (Elizabeth Taylor et Richard Burton) se bat et se déchire sans pitié devant des visiteurs déconcertés. «Malcom & Marie», c’est aussi l’histoire d’un combat de couple assez bien fait mais trop glamour pour nous impliquer pleinement dans leurs enchevêtrements. Dans une belle maison de Carmel (Californie), un homme et une femme, tous deux noirs, reviennent d’une soirée au cours de laquelle l’homme (John David Washington) qui est cinéaste, s’est diverti par un film qui vient de se terminer et dans son discours de gratitude n’a pas mentionné son partenaire (Zendaya) qui a apparemment collaboré avec lui et inspiré son intrigue. Le combat parsemé de chansons allusives, de noms de cinéastes célèbres, de mots sophistiqués ainsi que de vulgarités est valable mais pèche pour ses longs monologues, pas typiques d’un combat de couple dans la vraie vie.

Le cinéma, prisonnier de ses limites actuelles, s’apparente de plus en plus au genre théâtral. Et sans encore trouver la meilleure façon de le faire.