Les travailleurs du pétrole poursuivent leur grève contre la « privatisation » de Petroperú

La grève de 72 heures appelée par les travailleurs de la compagnie pétrolière nationale Petroperú se poursuit fermement après une mobilisation massive ce mardi dans le centre historique de Lima. Des centaines d’employés de l’entreprise ont défilé de la Plaza Dos de Mayo à la Plaza San Martín pour exiger l’abrogation immédiate du décret de restructuration des actifs émis par l’Exécutif.

Selon les dirigeants syndicaux, cette réglementation ne vise pas l’efficacité opérationnelle, mais constitue plutôt une stratégie de « privatisation secrète » qui met en danger la souveraineté énergétique du pays.

Lors de la manifestation, soutenue par la Confédération générale des travailleurs du Pérou (CGTP), les manifestants ont dénoncé le fait que le plan officiel envisage de déléguer des unités stratégiques au capital privé. L’inquiétude se porte sur la raffinerie de Talara, une infrastructure clé dont la construction a nécessité un investissement public de 6 milliards de dollars. Les travailleurs soutiennent que confier la gestion de ces unités à des sociétés extérieures affaiblirait la capacité de l’État à réguler le marché des hydrocarbures.

Malgré l’ampleur de la marche et le déploiement d’un important cordon policier, la journée s’est déroulée sans incidents violents. Les salariés ont profité de l’espace pour revendiquer leur travail quotidien et exiger le respect de leur stabilité d’emploi face à l’incertitude générée par le nouveau décret. Le sentiment général parmi la base est que la crise financière de la compagnie pétrolière n’est pas la responsabilité de son personnel, mais plutôt des efforts politiques antérieurs qui ont utilisé l’entreprise comme un instrument au service d’intérêts particuliers.

Avertissements sur l’impact sur le coût de la vie et la souveraineté

Le secrétaire général de la CGTP, Gerónimo López, s’est joint aux revendications, soulignant que Petroperú représente un héritage stratégique pour tous les Péruviens.

López a averti que le passage de la gestion à des mains privées aurait un impact direct sur les poches des citoyens, car cela pourrait conduire à une augmentation incontrôlée du prix du carburant. De leur point de vue, toute tentative de réorganisation doit être menée par un personnel technique indépendant qui ne répond pas aux groupes de pouvoir économique ou politique.

De leur côté, les représentants syndicaux présents à la marche ont souligné que l’opacité du processus de restructuration avait fait craindre des licenciements massifs. Ils ont déclaré que l’entreprise a toujours été lésée par le détournement de fonds à d’autres fins par les administrations gouvernementales successives.

En ce sens, ils proposent de renforcer la gouvernance interne de l’entreprise publique au lieu de segmenter ses opérations pour faciliter l’entrée de tiers, ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’intégrité de l’entreprise publique.

Alors que la grève entre dans son troisième jour, le conseil d’administration de Petroperú a publié des déclarations garantissant que les opérations et l’approvisionnement en carburant dans tout le pays sont garantis. Cependant, le syndicat maintient sa position de ne pas céder jusqu’à ce que le gouvernement ouvre une véritable table de dialogue sur l’avenir de la compagnie pétrolière. La tension entre les travailleurs et l’État marque un point critique dans l’agenda social péruvien, alors qu’une réponse officielle est attendue en raison de la persistance des mobilisations dans la capitale.