La tempête

Les légendes perdues dans la nuit des temps parlent du « gardien du trésor », presque toujours un griffon ou un dragon, ou encore un guerrier doté de pouvoirs extraordinaires. Dans les temples, leur organisation spatiale implique l’idée de défense, que ratifient les murs, les portes et les tours.

En Extrême-Orient, les gardiens sont généralement des figures de monstres fabuleux ou d’animaux féroces. En Occident, les images de portail peuvent avoir une fonction similaire. Psychologiquement, les gardiens symbolisent les forces qui se concentrent aux seuils de transition entre les différentes étapes d’évolution et de progrès ou de régression spirituelle.

En 1976 est créée la Galerie Nationale d’Art, un nouveau bâtiment d’architecture brutaliste accolé à l’arrière du complexe néoclassique du Musée des Beaux-Arts, également œuvre de Villanueva, entouré de l’exubérance de la forêt d’acajous et des plantes tropicales. A cette occasion, une œuvre en plâtre exécutée en 1914 par le sculpteur caracas Lorenzo González (1876-1948), La Tempête, a été coulée en bronze et placée dans le portail gauche du Musée.

Cette sculpture répond à la stylistique du XIXe siècle, liée au réalisme pictural d’un Cristóbal Rojas ou d’un Arturo Michelena. Il s’agit d’un ensemble de deux figures féminines qui représentent deux générations : une vieille femme qui étend son bras droit pointant de son index vers l’horizon qui annonce un orage, prononcé par les tissus flottants de ses vêtements, qui accentue un drame en mouvement malgré sa solidité de bronze ; À sa gauche, une fille que l’on suppose être sa petite-fille, dont elle abrite les genoux protecteurs. Toutes deux représentent des paysannes de la région de Bretagne française, Finisterre gaulois, dans lesquelles se distinguent l’utilisation du bonnet sur la tête et des sabots en bois, un type de chaussures de travail utilisées dans les champs.

La tempête rompt avec les schémas des gardiens chimériques ou mythiques des édifices ; C’est le visage humain qui allie anxiété, réalisme et sensibilité. Des femmes qui affrontent quotidiennement la bataille qu’est la vie sur ce plan banal. Ils sont nos gardiens, les protecteurs du temple qui abrite les œuvres d’art des artistes nationaux, étrangers et universels ; l’une avec le poids accumulé des expériences, l’autre, potentiellement combative. Ils sont à la limite entre l’éveil et le rêve.